Culture de l’ananas : réussir sa plantation (guide complet)
La culture de l’ananas est une activité rentable si vous savez comment vous y prendre, d’autant plus que cette plante souffre de peu de maladies. Une plantation d’ananas bien entretenue peut être une très bonne source de revenus. Découvrez dans ce guide comment réussir votre culture d’ananas, de la préparation du sol à la récolte.
L’ananas est l’un des fruits les plus appréciés, aux côtés de la mangue. Il est connu pour son goût riche et sucré : épineux et rugueux à l’extérieur, doux et délicieux à l’intérieur. Originaire des Caraïbes, d’Amérique centrale et d’Amérique du Sud, ce fruit très nutritif est consommé dans le monde entier.
Présentation de la plante
L’ananas, botaniquement appelé Ananas comosus, est une plante herbacée qui pousse jusqu’à 1,5 mètre de hauteur. La tige est trapue, avec des feuilles cireuses et épaisses. Une fois parvenue à maturité, la plante produit jusqu’à 200 fleurs qui se regroupent ensuite pour former le fruit épineux.
Les conditions idéales pour cultiver l’ananas
Les régions côtières sont les endroits les plus propices à la culture de l’ananas, qui a besoin de pluies abondantes et d’un climat humide.
Le climat
Un climat humide avec des pluies abondantes est idéal pour la plantation d’ananas. La température optimale se situe entre 22 et 32 °C : les feuilles poussent mieux à 32 °C, les racines à 29 °C. L’ananas ne pousse pas en dessous de 20 °C ni au-dessus de 36 °C, et il faut idéalement un écart d’environ 4 °C entre les températures de jour et de nuit — une nuit trop chaude est indésirable. Côté pluviométrie, l’optimum se situe entre 100 et 150 cm de précipitations.
La saison de plantation
Idéalement, les ananas sont plantés 12 à 15 mois avant la floraison. Le moment de plantation dépend du début de la saison des pluies et de son intensité. On évite de planter pendant la période des fortes pluies.
Le sol
L’ananas peut pousser dans presque tous les types de sol, mais le limon sableux est le plus adapté. L’exigence fondamentale est un sol bien drainé : il peut même pousser dans un sol lourd et argileux à condition que le drainage soit bon. Les sols qui retiennent l’eau sont à éviter. Les sols alluviaux et latéritiques conviennent également.
L’eau et l’irrigation
L’ananas étant généralement cultivé dans des zones côtières bien arrosées, l’irrigation n’est pas indispensable. En culture commerciale, une irrigation d’appoint aide cependant à produire des fruits de bonne taille, permet la plantation hors saison et assure une production toute l’année — une pratique courante pour l’ananas de qualité export. Dans les zones chaudes à faibles précipitations, irriguez une fois toutes les deux semaines.
Le matériel de plantation
L’ananas se propage à partir de trois organes : la couronne (sommet du fruit), les bulbilles et les rejets. Plantés à l’âge de 5-6 mois, les rejets et les bulbilles fleurissent après 12 mois, tandis que les couronnes ne fleurissent qu’après 19-20 mois — c’est pourquoi la culture commerciale privilégie les rejets et bulbilles, de taille uniforme. Différentes variétés issues de culture tissulaire sont disponibles pour la production commerciale.
La préparation du terrain
L’ananas se cultive en tranchées. La terre est bien labourée et travaillée : mottes, roches, pierres et débris de culture sont retirés, puis le sol est nivelé. On creuse ensuite des tranchées de 15 à 30 cm de profondeur et 90 cm de largeur.
La plantation
Les bulbilles et rejets âgés de 5-6 mois sont plantés dans les tranchées préalablement préparées. Veillez à l’uniformité du matériel végétal pour obtenir une floraison et une récolte homogènes.
Les opérations d’entretien
Parce que l’ananas pousse sur un sol meuble avec des racines peu profondes, plusieurs opérations d’entretien sont essentielles.
Le buttage
Les racines peu profondes exposent les plants à la verse. Si les plantes versent pendant le développement des fruits, ceux-ci se développent de façon irrégulière. Le buttage — ramener la terre des crêtes vers la tranchée — donne aux plants un bon ancrage.
Le désherbage
Le désherbage manuel étant laborieux, le désherbage chimique est souvent utilisé en culture commerciale : une pulvérisation de pré-levée combinant 0,6 kg de diuron et 0,8 kg de bromacil, répétée à demi-dose cinq mois après la première application. Respectez les réglementations locales sur les herbicides.
Le paillage
Étape essentielle en culture pluviale, le paillage conserve l’humidité et limite les mauvaises herbes. Le film de polyéthylène noir est la solution la plus simple ; un paillis de feuilles et de pailles étalé entre les plants est l’alternative naturelle.
La suppression des couronnes, bulbilles et rejets
Bulbilles et rejets se développent avec l’émergence de l’inflorescence et du fruit. On n’en conserve qu’un ou deux par plant : un trop grand nombre de bulbilles retarde la maturité des fruits, on les retire donc dès qu’elles atteignent la taille requise pour servir de matériel de plantation. Pour une récolte hâtive, retirez-les dès leur apparition.
La culture de repousse
Une plantation d’ananas peut être conservée jusqu’à trois récoltes successives. Pour le cycle suivant, on garde les rejets de la plante d’origine : buttez et fertilisez correctement pour assurer un bon ancrage de la repousse.
L’induction florale (forçage) et la manipulation des produits à risque
Dans le Moungo et les autres bassins de production, peu de producteurs attendent la floraison naturelle : ils pratiquent le forçage (traitement d’induction florale) pour grouper la floraison et planifier la récolte. Les produits les plus utilisés sont le carbure de calcium (qui libère l’acétylène déclenchant la floraison) et l’éthéphon, parfois associé à la potasse caustique (hydroxyde de potassium). Ils sont efficaces, mais dangereux s’ils sont manipulés sans précaution.
Protégez-vous : votre santé en dépend. La potasse caustique et le carbure de calcium ne sont pas anodins. Au contact de la peau ou des yeux, la potasse provoque de graves brûlures chimiques, pouvant aller jusqu’à la cécité, et ses vapeurs attaquent les voies respiratoires. Le carbure dégage un gaz inflammable et, en qualité industrielle, peut libérer des impuretés toxiques. Une exposition répétée et mal protégée — produit touché à mains nues, respiré sans masque, mélangé dans des contenants ouverts — met la santé en danger sur le long terme. Dans le Moungo, des familles ont perdu des proches, parfois très jeunes, après des années de contact avec ces produits sans protection. Ce n’est pas une fatalité : ce sont des gestes simples qui font la différence.
- Ne touchez jamais ces produits à mains nues : gants en caoutchouc, lunettes de protection et masque sont indispensables.
- Travaillez à l’air libre, dos au vent, jamais dans un local fermé.
- Utilisez des récipients en plastique réservés à cet usage (jamais de métal avec le carbure) ; ne les réutilisez jamais pour l’eau de boisson ou les aliments.
- Gardez produits et contenants hors de portée des enfants, à l’écart de la chaleur et des denrées.
- En cas de contact, rincez abondamment à l’eau claire plusieurs minutes et rendez-vous dans un centre de santé.
Privilégiez les méthodes les plus sûres. L’éthéphon homologué, utilisé au bon dosage et avec les équipements de protection, est plus maîtrisable que le carbure artisanal. Des techniques « bio » se développent aussi, comme l’induction au charbon actif enrichi à l’éthylène (TIFBio), testée avec de bons résultats. Et avant de vous lancer, faites-vous accompagner par un conseiller agricole.
Ce sujet dépasse le seul ananas : pour comprendre les risques de ces produits pour les producteurs comme pour les consommateurs, lisez notre guide de référence — Produits chimiques agricoles : dangers pour la santé et bonnes pratiques.
Maladies et protection des plants
Contrairement à beaucoup d’autres cultures, l’ananas est peu touché par les maladies, qui restent sporadiques. Les cochenilles et la pourriture des tiges sont les plus probables. Tremper les rejets dans la bouillie bordelaise avant plantation et assurer un bon drainage suffit généralement à prévenir la pourriture des tiges et les autres maladies fongiques.
Les anomalies des fruits
C’est le grand défi de la culture de l’ananas : le fruit doit avoir une forme oblongue parfaite et la juste saveur, sans quoi il perd sa valeur marchande. Voici les anomalies les plus courantes.
Les couronnes multiples
Certains fruits portent plus d’une couronne (jusqu’à 25 dans les cas extrêmes). Le sommet du fruit devient large et plat, la chair liégeuse et le goût insipide — le fruit devient impropre à la conserverie.
La fasciation
La fasciation rend les ananas impropres à la consommation. Une fertilité du sol très élevée et des conditions climatiques très favorables stimulent une croissance végétative excessive qui la provoque. Ces plants fleurissent plus tard ; dans les cas extrêmes, le fruit est plat, tordu, avec d’innombrables couronnes.
Le collier de bulbilles
La présence d’un grand nombre de bulbilles à la base du fruit donne un fruit minuscule et conique. Une fertilisation azotée élevée, de fortes pluies et une température relativement basse en sont les causes combinées.
La récolte
Il faut généralement 2 à 2,5 ans pour qu’une plantation d’ananas arrive à la récolte : floraison 12-15 mois après plantation, fructification après 15-18 mois, et maturité du fruit environ 5 mois après l’inflorescence. Les fruits destinés à la conserverie sont récoltés dès qu’un léger changement de couleur apparaît à la base ; ceux destinés à la table attendent une belle couleur jaune doré. Le jaunissement des « yeux » du fruit sert d’indicateur de maturité.
Les fruits récoltés sont classés selon leur taille, leur couleur et leur poids avant stockage. Le rendement varie selon les pratiques culturales et l’espacement : comptez 20 à 30 tonnes par hectare.
Le stockage
Après la récolte, les fruits avec couronne se conservent jusqu’à 15 jours sans dommage. Pour le transport, la réfrigération ralentit la maturation : 10-13 °C pendant 20 jours maximum, avec un optimum de stockage à 7,2 °C et 80-90 % d’humidité relative.
En conclusion
La culture de l’ananas est une activité agricole commercialement viable : elle offre un bon rendement avec un minimum de soins. Une plantation prospère repose avant tout sur une bonne gestion et des techniques culturales rigoureuses.
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