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Egusi / Pistache de terre (Citrullus lanatus) : culture, filière et exportation en Afrique centrale

Egusi / Pistache de terre (Citrullus lanatus) : culture, filière et exportation en Afrique centrale

Egusi / Pistache de terre (Citrullus lanatus) : culture, filière et exportation en Afrique centrale

L’egusi — appelé pistache de terre au Cameroun — est l’une des graines les plus nutritives et les plus économiquement importantes d’Afrique centrale et occidentale. Discret dans les rayons des supermarchés européens, ce fruit d’une plante de la famille des courges est pourtant un pilier de la sécurité alimentaire pour des dizaines de millions de personnes, un ingrédient incontournable de la gastronomie nigériane et camerounaise, et une matière première industrielle aux propriétés remarquables. Sa graine, riche en huile et en protéines, nourrit autant les foyers ruraux que les chercheurs en nutrition. Voici un portrait complet de la filière egusi en Afrique.


Profil botanique

L’egusi est le nom commercial donné aux graines d’une forme particulière de pastèque cultivée pour ses graines plutôt que pour sa chair.

Taxonomie

Citrullus lanatus var. citroides — ou selon les classifications récentes Citrullus mucosospermus — appartient à la famille des Cucurbitacées, la même famille que les courges, concombres et melons. La plante est herbacée, rampante ou grimpante, avec des vrilles et des feuilles profondément lobées caractéristiques des cucurbitacées.

Caractéristique Détail
Nom scientifique Citrullus lanatus var. egusi (ou C. mucosospermus)
Famille Cucurbitaceae
Noms locaux Pistache de terre / Egusi (Cameroun), Agushi (Ghana), Egusi (Nigeria, Yoruba/Igbo), Bara (Niger), Melon africain
Organe récolté Graines (amandes)
Chair du fruit Blanche à verdâtre, peu sucrée, non consommée
Taille des graines 12 – 20 mm de longueur
Cycle cultural 3 à 5 mois selon variété

La plante se distingue de la pastèque ordinaire (C. lanatus var. lanatus) par plusieurs caractères :
– Chair blanche et insipide (peu de sucres)
– Graines plus grandes, blanches à ivoire
– Coque plus épaisse
– Priorité de sélection sur la taille et la teneur en huile des graines, non sur la chair


Distribution géographique

L’egusi est cultivé dans toute la zone tropicale humide et sub-humide d’Afrique subsaharienne.

Nigeria — Premier producteur mondial

Le Nigeria est de loin le premier pays producteur et consommateur d’egusi. La production se concentre dans les États de Kogi, Kwara, Ondo, Oyo, Edo et Benue. Le Nigeria consomme la quasi-totalité de sa production intérieurement — l’egusi est un ingrédient fondamental des soupes egusi soup, omniprésentes dans toutes les cuisines yoruba, igbo et edo.

Cameroun

Le Cameroun est le deuxième ou troisième producteur d’Afrique centrale. La culture est particulièrement développée dans les régions Centre, Ouest et Nord-Ouest.

Autres pays producteurs

  • Bénin : Zones de plateau (Zou, Collines)
  • Ghana : Régions du Brong-Ahafo et du Volta
  • Côte d’Ivoire : Régions centre et nord
  • Togo, Sierra Leone, Guinée : Production de subsistance à semi-commerciale

Zones de production au Cameroun

Région du Centre (Mbam-et-Kim, Lekié, Nyong-et-Mfoumou)

C’est la principale zone productrice camerounaise. Les terres du plateau central, à pluviométrie bimodale (deux saisons des pluies), permettent deux cycles culturaux par an. Les marchés de collecte de Bafia, Nanga-Eboko et Mbalmayo concentrent les flux de pistache avant redistribution vers Douala et Yaoundé.

L’Ouest Cameroun a une tradition séculaire de culture de pistache de terre, souvent en association avec le maïs. Les Bamiléké ont structuré des circuits de commerce efficaces — la pistache se retrouve dans les épiceries camerounaises à Paris et Bruxelles grâce à ces réseaux.

Région du Nord-Ouest (Mezam, Momo, Boyoes Semis (1ère saison) Mars – Avril Début grandes pluies Récolte (1ère saison) Juillet – Août 4–5 mois après semis Semis (2ème saison) Août – Septembre Petites pluies Récolte (2ème saison) Novembre – Décembre Coïncide avec séchage Prix le plus bas Août – Septembre Abondance post-récolte Prix le plus haut Mars – Mai Soudure pré-récolte

Transformation post-récolte

1. Extraction des graines

Les fruits mûrs (jaune-orangé) sont cassés à la main ou à la machette. La pulpe est séparée à l’eau ou laissée fermenter 24–48h pour faciliter l’extraction. Les graines sont ensuite lavées et mises à sécher.

2. Décorticage

La coque externe (testa) est dure. Elle est retirée par :
Décorticage manuel : Main-d’œuvre intensive, traditionnel
Décortiqueuses mécaniques : Disponibles au Nigeria et progressivement au Cameroun — capacité 50 à 200 kg/h

L’amande obtenue après décorticage est la forme commerciale principale : blanche, plate, environ 10–14 mm.

3. Broyage en farine

La farine d’egusi est obtenue par broyage à sec (meule traditionnelle ou moulin). Elle est directement utilisée en cuisine pour épaissir les sauces (soupe egusi, sauce pistache au Cameroun). La farine peut aussi être pressée pour extraire l’huile.

4. Extraction d’huile

L’huile d’egusi est extraite par pression à froid ou à chaud, ou par extraction par solvant à l’échelle industrielle. C’est un marché émergent avec une demande croissante dans le secteur cosmétique.


Valeur nutritionnelle exceptionnelle

La graine d’egusi est l’une des sources végétales les plus riches en matières grasses et en protéines. Elle rivalise avec les graines oléagineuses tempérées comme le tournesol ou le colza.

Nutriment Teneur (pour 100 g d’amandes sèches)
Énergie 550 – 600 kcal
Matières grasses totales 45 – 55 g
dont Acide linoléique (ω-6) 55 – 65 % des AG
dont Acide oléique (ω-9) 15 – 20 % des AG
Protéines totales 28 – 35 g
Glucides 10 – 15 g
Fibres 3 – 5 g
Fer 7 – 10 mg
Zinc 8 – 12 mg
Magnésium 100 – 150 mg
Vitamine E (tocophérols) 25 – 40 mg

La teneur en zinc est particulièrement remarquable — la graine d’egusi est l’une des meilleures sources végétales de cet oligoélément essentiel. La richesse en acide linoléique (oméga-6) et en vitamine E confère à l’huile d’egusi des propriétés émollientes très appréciées en cosmétique.


Circuits d’export et marchés

Export depuis le Nigeria vers l’Europe

Le Nigeria exporte des volumes significatifs d’egusi vers la diaspora africaine en Europe — principalement au Royaume-Uni, en Italie, en Espagne et aux Pays-Bas. Les formes exportées sont : graines entières (avec coque), amandes décortiquées, et farine. L’essentiel transite par le port de Lagos.

Export depuis le Cameroun

Les exportations camerounaises de pistache de terre restent peu documentées dans les statistiques officielles car une large part passe par des circuits informels (diaspora bamiléké et beti). Les destinations principales sont la France, la Belgique et les États-Unis.

Chaîne de valeur et prix

Maillon Prix indicatif (2025–2026) Forme
Producteur (à la ferme) 400 – 700 XAF/kg Graines avec coque
Collecteur grossiste 900 – 1 400 XAF/kg Graines avec coque ou décortiquées
Marché de gros (Douala/Yaoundé) 1 500 – 2 500 XAF/kg Amandes décortiquées
Détail marchés urbains 3 000 – 4 500 XAF/kg Amandes ou farine
FOB export 3 – 5 €/kg Amandes décortiquées
Détail épicerie africaine (Paris) 6 – 12 €/500g Emballé
Huile d’egusi pressée à froid 15 – 30 €/100ml Cosmétique / premium food

Usages industriels émergents

Huile cosmétique

L’huile d’egusi pressée à froid est utilisée en cosmétique naturelle pour ses propriétés hydratantes et émollientes. Sa richesse en tocophérols (vitamine E) lui confère une excellente stabilité oxydative. Des marques de cosmétiques africains et européens l’intègrent dans des formulations de crèmes, lotions et sérums.

Ingrédient fonctionnel alimentaire

La farine d’egusi est utilisée comme substitut partiel aux farines conventionnelles dans la fabrication de biscuits et pains enrichis en protéines. Des projets de recherche en cours (Université de Lagos, CIFOR) explorent ses applications dans les aliments de sevrage à haute valeur nutritive.

Alimentation animale

Les tourteaux résiduels après extraction d’huile constituent un aliment riche en protéines (35–40%) pour l’alimentation animale, notamment avicole.


Défis de la filière

Décorticage : le goulot d’étranglement

Le décorticage manuel de la coque reste l’opération la plus chronophage et la plus coûteuse en main-d’œuvre. Les décortiqueuses mécaniques disponibles localement ont souvent un taux de bris des amandes élevé (15–25%), réduisant la valeur commerciale du produit. L’amélioration de cette étape est la priorité numéro un pour la compétitivité de la filière.

Qualité et aflatoxines

L’egusi est sensible à la contamination aux aflatoxines lors du séchage et du stockage en conditions humides. Les exigences européennes (règlement CE 1881/2006) imposent des limites strictes. Des lots camerounais et nigérians ont été refusés à l’importation pour dépassement de ces limites. La maîtrise du séchage rapide et du stockage hermétique est essentielle.

Manque de données statistiques

La production d’egusi est chroniquement sous-déclarée dans les statistiques agricoles officielles car elle est souvent intégrée aux cultures vivrières sans enregistrement séparé. Ce manque de visibilité nuit à la planification et à l’attractivité pour les investisseurs.

Concurrence de substituts

Sur le marché européen, l’egusi est en compétition avec d’autres graines riches en protéines (graines de citrouille nord-américaines, graines de tournesol) mieux positionnées en termes de standardisation et de certification.


Questions fréquentes sur l’egusi / pistache de terre

Quelle est la différence entre egusi et pistache de terre au Cameroun ?

Au Cameroun, « pistache de terre » est le nom vernaculaire francophone pour la même plante et la même graine appelée « egusi » dans les langues nigérianes. Les deux termes désignent les amandes de Citrullus lanatus var. egusi. La « vraie » pistache (Pistacia vera) est une espèce totalement différente originaire du Moyen-Orient.

Peut-on cultiver l’egusi en dehors de la zone tropicale ?

Oui, dans les régions tempérées chaudes avec des étés longs (4+ mois sans gel, températures > 20°C). Des essais ont été conduits en Espagne, Grèce et dans les États du sud des USA. Les rendements restent inférieurs à ceux obtenus en Afrique tropicale, et la culture nécessite irrigation.

Quelles sont les applications médicinales documentées de l’egusi ?

Des études ont documenté des propriétés anti-inflammatoires des extraits de graines, des effets diurétiques en médecine traditionnelle, et une activité antioxydante liée à la teneur en tocophérols. L’huile d’egusi est utilisée en médecine traditionnelle africaine pour traiter les affections cutanées. Ces usages font l’objet de recherches pharmacologiques actives mais les preuves cliniques restent limitées.

Comment conserver les amandes d’egusi à la maison ?

Les amandes décortiquées sont riches en huiles insaturées et sensibles à l’oxydation (rancissement). Conserver dans un contenant hermétique, à l’abri de la lumière et de la chaleur. Réfrigérées, les amandes se conservent 3–6 mois. La farine fraîchement moulue se conserve mieux au congélateur (6–12 mois).

Comment se positionner comme exportateur d’egusi camerounais vers l’Europe ?

Les pré-requis sont : garantir un taux d’humidité < 10%, avoir un résultat d’analyse en aflatoxines (B1+B2+G1+G2 < 10 µg/kg), disposer d’un emballage hermétique avec étiquetage conforme (pays d’origine, poids net, numéro de lot), et obtenir un certificat phytosanitaire. Pour cibler les acheteurs premium, la certification BIO ou Rainforest Alliance est un avantage décisif.


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