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Produits chimiques agricoles : dangers pour la santé des producteurs et des consommateurs (et comment s’en protéger)

Produits chimiques agricoles : dangers pour la santé des producteurs et des consommateurs (et comment s’en protéger)

En Afrique, l’agriculture s’est largement « chimisée » : pesticides, herbicides et fongicides, mais aussi produits de forçage (pour déclencher la floraison) et de maturation artificielle (pour faire mûrir plus vite). Utilisés au bon moment et avec les bonnes précautions, certains de ces produits ont leur utilité. Mal manipulés, ils empoisonnent — d’abord ceux qui les utilisent, ensuite ceux qui mangent.

Les chiffres donnent le vertige : selon les estimations, jusqu’à 385 millions de personnes subissent chaque année une intoxication aiguë aux pesticides dans le monde, et l’Afrique paie un lourd tribut. Près de 60 % des pesticides vendus sur le continent seraient classés dangereux par l’OMS, et dans plusieurs enquêtes, plus de 80 % des petits producteurs n’utilisent aucun équipement de protection. Cet article fait le point — il sert de référence à laquelle nos guides de culture renvoient dès qu’un produit à risque est en jeu.

💡 Cet article est informatif et ne remplace pas l’avis d’un professionnel de santé ou d’un conseiller agricole. En cas d’intoxication, rendez-vous sans tarder dans un centre de santé.

Quels produits, pour quels usages ?

Les pesticides (insecticides, herbicides, fongicides)

Ce sont les plus répandus : ils protègent les cultures des ravageurs, des maladies et des mauvaises herbes. Le problème n’est pas le principe, mais la pratique : produits très dangereux (classes OMS I et II), molécules interdites ailleurs mais encore vendues localement, contrefaçons sans étiquette fiable, surdosage « pour être sûr ». Au Cameroun, des études chez les maraîchers (région du Centre, Ouest) ont relevé des résidus dans les légumes et des troubles de santé liés au non-respect des protections.

Les produits de forçage (induction florale)

Pour grouper la floraison de l’ananas, beaucoup de producteurs du Moungo recourent au carbure de calcium (qui libère de l’acétylène) ou à l’éthéphon, parfois additionné de potasse caustique (hydroxyde de potassium). Efficaces, mais corrosifs et toxiques lorsqu’ils sont manipulés sans protection — un point que nous détaillons dans notre guide de la culture de l’ananas.

La maturation et la conservation artificielles

Pour vendre plus vite, certains font mûrir les fruits au carbure de calcium ou les « conservent » au formol (formaldéhyde). Au Cameroun, le formol a été signalé non seulement sur les fruits et le plantain, mais aussi sur le poisson et la viande. Ces pratiques visent le portefeuille à court terme et sacrifient la santé du consommateur.

Les engrais

Moins toxiques de façon aiguë, ils n’en exigent pas moins une manipulation prudente et un dosage maîtrisé : un excès d’azote, par exemple, dégrade la qualité du produit et pollue les sols et les eaux.

L’impact sur la santé des producteurs

Le producteur est en première ligne : c’est lui qui mélange, pulvérise et respire.

À court terme, l’exposition provoque maux de tête, vertiges, nausées, vomissements, irritations des yeux et de la peau et, dans les cas graves, convulsions ou détresse respiratoire. La potasse caustique, elle, brûle la peau et les yeux — jusqu’à la cécité.

À long terme, une exposition répétée et mal protégée est associée à des atteintes neurologiques, respiratoires, hormonales et reproductives ; pour certaines molécules et certains contaminants (comme l’arsenic présent dans le carbure de qualité industrielle), un risque accru de cancers est documenté.

Pourquoi est-ce si grave en Afrique ? Parce que les conditions d’usage cumulent les dangers : absence d’équipement de protection (plus de 80 % des producteurs dans certaines enquêtes), produits stockés à la maison, à côté des aliments et à portée des enfants, bidons réutilisés pour l’eau ou l’huile, et étiquettes mal comprises faute d’information. Au Cameroun, des travaux du CIRAD ont chiffré les « coûts cachés » de cet usage : journées de travail perdues, soins et hospitalisations.

L’impact sur la santé des consommateurs

Ce que le champ reçoit, l’assiette le retrouve.

Les résidus de pesticides. Quand le délai avant récolte (le temps minimum entre le dernier traitement et la cueillette) n’est pas respecté, le produit arrive sur le marché chargé de résidus. Le Cameroun en a fait l’expérience à l’export : rejets de cacao pour résidus en 2012 et 2016, puis suspension d’exportations horticoles vers l’Union européenne en 2022 pour les mêmes raisons.

Le carbure de calcium. Utilisé pour mûrir les fruits, il libère un acétylène souvent contaminé par de l’arsenic et de la phosphine. Interdit dans de nombreux pays, il est associé chez le consommateur à des troubles neurologiques et respiratoires et à un risque accru de cancers.

Le formol. Le formaldéhyde est classé cancérigène. Au Cameroun, le ministère du Commerce a lancé des alertes et annoncé des contrôles avec kits de détection sur les marchés ; le Gabon a même instauré des tests sur les fruits et légumes importés du Cameroun. Un fruit « beau » n’est donc pas toujours un fruit sain.

Comment réduire les risques : les bonnes pratiques

Pour le producteur

  • Choisir des produits homologués, jamais de contrefaçons ni de molécules interdites ; lire et respecter l’étiquette.
  • Porter des équipements de protection : gants résistants, lunettes ou écran facial, masque adapté, bottes et vêtements couvrants.
  • Respecter la dose et le délai avant récolte : « plus » ne veut pas dire « mieux », et c’est ce délai qui protège le consommateur.
  • Gérer les contenants : rincer trois fois, ne jamais les réutiliser pour l’eau ou les aliments, stocker les produits sous clé, loin des aliments et des enfants.
  • Préférer les alternatives : lutte intégrée (pièges, prédateurs naturels, rotations), biopesticides, et méthodes plus douces comme l’induction florale au charbon actif enrichi à l’éthylène (TIFBio) pour l’ananas, ou la maturation naturelle.

Pour le consommateur

  • Laver et, si possible, éplucher fruits et légumes ; jeter l’eau de trempage.
  • Se méfier d’une maturité trop « parfaite » : couleur uniforme mais chair dure ou verte à l’intérieur, odeur chimique, fruit qui se gâte anormalement vite peuvent trahir une maturation artificielle.
  • Acheter dans des circuits traçables, auprès de producteurs et de commerçants identifiés.

Foire aux questions (FAQ)

Le carbure de calcium est-il dangereux pour mûrir les fruits ?

Oui. Il libère un gaz souvent contaminé par de l’arsenic et de la phosphine, interdits dans l’alimentation de nombreux pays. Une consommation régulière de fruits ainsi mûris est associée à des troubles neurologiques, respiratoires et à un risque accru de cancers.

Le formol sur les aliments, est-ce grave ?

Oui. Le formol (formaldéhyde) est une substance cancérigène. Son usage pour « conserver » ou faire mûrir des aliments est interdit et dangereux ; au Cameroun, il fait l’objet d’alertes officielles et de contrôles sur les marchés.

Quels équipements de protection pour pulvériser des pesticides ?

Au minimum : gants résistants aux produits chimiques, lunettes ou écran facial, masque respiratoire adapté, bottes et vêtements couvrants. On pulvérise dos au vent et on se lave soigneusement après le traitement.

Qu’est-ce que le délai avant récolte ?

C’est le temps minimum à respecter entre le dernier traitement et la récolte, indiqué sur l’étiquette du produit. Le respecter laisse au produit le temps de se dégrader et limite les résidus dans l’assiette.

Existe-t-il des alternatives aux produits chimiques ?

Oui : lutte intégrée, biopesticides, fertilisation organique, rotations des cultures et méthodes « bio » de forçage et de maturation. Elles demandent plus de savoir-faire, d’où l’intérêt de se faire accompagner par un conseiller.

En conclusion

Les produits chimiques agricoles ne sont pas une fatalité, mais ils exigent du savoir et des précautions. Bien utilisés et bien encadrés, ils ont une place ; mal manipulés, ils coûtent des vies — celles des producteurs comme celles des consommateurs. La bonne nouvelle, c’est que la plupart des drames sont évitables avec des gestes simples et un peu d’accompagnement.

Besoin d’un appui ? Faites-vous accompagner par un cabinet de conseil agricole, échangez sur le forum des agriculteurs et créez votre compte Jangolo pour vendre des produits sains et traçables. À lire aussi : réussir une plantation d’ananas et les erreurs fatales de l’agriculteur camerounais.

Sources et pour aller plus loin

  • Greenpeace Afrique — Food or Poison? The cost of Highly Hazardous Pesticides
  • The global distribution of acute unintentional pesticide poisoning, BMC Public Health
  • CIRAD — Caractérisation des coûts cachés d’usage des pesticides au Cameroun
  • Ministère du Commerce du Cameroun — alertes sur l’usage du formol dans les aliments
  • Université de Liège — induction florale de l’ananas au charbon actif enrichi à l’éthylène (TIFBio)

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