Pisciculture du silure (clarias) au Cameroun : bacs hors-sol, alevins et rentabilité
Le silure africain (Clarias gariepinus) est devenu la star de la pisciculture urbaine camerounaise : rustique, tolérant au manque d’oxygène, il s’élève facilement hors-sol, dans des bacs en bâche ou en béton, même sur une petite parcelle en ville. Et le marché est porteur : le Cameroun importe encore massivement du poisson et vise 10 000 tonnes de production piscicole supplémentaires d’ici 2027. Voici comment se lancer, chiffres à l’appui.
Pourquoi le silure est le bon choix pour débuter
- Espèce rustique : il respire l’air atmosphérique et supporte des densités élevées et une eau imparfaite — là où le tilapia exige plus de technicité.
- Cycle court : taille marchande de 350 à 500 g en 5 à 6 mois, avec un taux de survie de 80 à 85 % quand les alevins sont de qualité.
- Demande soutenue : poisson braise, bouillons — le silure se vend bien sur tous les marchés urbains, frais ou fumé.
Le bac hors-sol : votre premier investissement
Un bac de démarrage type fait 4 à 10 m³ : armature en bois ou parpaings + bâche épaisse, ou béton pour durer. Prévoyez une arrivée d’eau fiable (forage, puits) et une vidange basse pour les renouvellements. À densité raisonnable, comptez 100 à 150 silures par m³. Commencez avec un seul bac : la maîtrise de l’eau et de l’alimentation compte plus que la taille de l’installation.
Les alevins : ne négociez pas la qualité
La filière s’organise : les écloseries pilotes soutenues par l’État ont déjà mis en vente plus de 115 000 alevins destinés au grossissement. Achetez des alevins de 5 g et plus, calibrés, auprès d’une écloserie reconnue — des alevins non triés s’entre-dévorent (le clarias est carnivore) et ruinent le taux de survie. Triez ensuite par taille toutes les 2-3 semaines.
L’alimentation : 60 à 70 % de vos coûts
C’est LE poste qui décide de votre marge. L’aliment extrudé flottant donne les meilleurs résultats de croissance ; pour réduire la facture, beaucoup d’éleveurs combinent extrudé au démarrage puis aliment local fabriqué (tourteaux, farine de poisson, son) en grossissement, voire asticots et termites en complément. Règle d’or : nourrir 2 fois par jour, ajuster à l’appétit, et tenir un cahier de consommation.
Quelle rentabilité attendre ?
Les témoignages d’éleveurs camerounais donnent l’ordre de grandeur : environ 300 000 FCFA investis peuvent générer plus de 500 000 FCFA à la vente sur un cycle bien conduit. La clé : limiter la mortalité (alevins de qualité, tri régulier), maîtriser le coût de l’aliment et vendre au bon moment — la demande et les prix montent fortement à l’approche des fêtes de fin d’année, comme pour le poulet de chair. Un démarrage en juin-juillet permet justement de récolter en novembre-décembre.
Les erreurs du débutant
- Acheter des alevins non calibrés « moins chers » : cannibalisme garanti.
- Surcharger le bac sans renouveler l’eau : croissance bloquée, mortalité.
- Sous-budgéter l’aliment : un poisson sous-nourri à 6 mois ne fait pas 350 g.
- Ne pas prévoir le circuit de vente avant la récolte (mareyeuses, braiseuses, marchés).
Questions fréquentes
Combien de temps dure un cycle d’élevage de silure ?
5 à 6 mois pour atteindre 350 à 500 g, la taille la plus demandée sur les marchés camerounais.
La pisciculture hors-sol est-elle rentable au Cameroun ?
Oui, bien conduite : les retours d’expérience locaux évoquent plus de 500 000 FCFA de ventes pour environ 300 000 FCFA investis par cycle, l’aliment restant le principal poste de coût.
Comment financer son démarrage ?
Les programmes jeunes (PEA-Jeunes, MINADER/MINEPIA) financent ce type de projet à cycle court — voir notre guide Financer son projet agricole au Cameroun.
Pour aller plus loin
Lisez aussi : Pisciculture, une centaine de jeunes à l’école et le portrait OASE, lorsque pisciculture rime avec écologie. Prêt à vendre votre production ? Publiez votre offre de silures sur Jangolo et touchez directement les acheteurs.
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